Confinement en Colombie (11)

Face à la crise du Corona virus, chaque gouvernement a dû faire face à un choix difficile, un véritable dilemme moral :

1) Donner priorité à l’économie du pays (pour ne pas léser à long terme ses habitants) quitte à ce que le taux de mortalité de ce pays augmente de façon significative…

2) Donner priorité à la vie de ses habitants, quitte à dévaster l’économie de ce pays…

Il est intéressant de constater que la majorité des pays européens ont préféré donner priorité à la survie de leurs habitants (la seule exception notable étant la Suède).

Priorité numéro un : sauver la vie de nos citoyens

Priorité numéro deux : reconstruire l’économie en temps utile

La Colombie a décidé de suivre l’exemple de la France (et moult autres pays européens) en décidant de protéger la vie de ses habitants. L’économie attendra…

La Colombie nous a mis en isolement dès le 25 mars en suivant les exemples des pays comme l’Italie, la France, le Royaume-Uni et l’Espagne…

L’idée derrière cet isolement étant non pas de résoudre la crise du  Covid-19, mais de la ralentir afin de ne pas saturer l’accueil des hôpitaux dans le pays…

Beaucoup de pays européens (dont la France) ont essayé de revenir vers la normalité des choses en éliminant le confinement.

Est-ce une bonne chose ?

Allons-nous avoir une seconde vague de contaminations ?

Je constate que l’Allemagne a dû faire marche arrière et remettre certaines régions sous quarantaine…

Idem pour l’Angleterre qui a dû totalement isoler la ville de Leicester…

Idem pour l’Espagne qui a dû totalement isoler deux régions importantes du pays…

La Colombie, au contraire, a maintenant décidé de prolonger le confinement obligatoire – et ce jusqu’au 1er août.

Nous attendions le pic des contaminations du COVID-19 en juin 2020… Il n’est pas arrivé…

Puis nous attendions le pic des contaminations du COVID-19 en juillet 2020… Cela n’arrivera pas et c’est maintenant prévu pour le mois d’août…

 D’un point de vue  économique, ce qui est important, 4,8 millions de colombiens ont maintenant perdu leur travail à cause de la crise du COVID-19. C’est une catastrophe nationale.

Confinement en Colombie (10)

Les choses vont plutôt mal en Colombie. Ou bien il serait plus correct de préciser qu’elles vont plutôt mal là où j’habite, au nord de la Colombie.

Jugez-en vous-mêmes :

La Colombie est divisée en 32 départements (plus Bogotá).

Départements
Départements

Le département où je vis s’appelle « Atlántico ». Sa capitale est Barranquilla.

C’est l’un des plus petits départements (en superficie). 2,5 millions de personnes y vivent, soit 5% de la population totale de la Colombie.

On pourrait donc logiquement penser que, en pourcentage, et par rapport à sa population, le département de l’Atlántico aurait 5% des cas confirmés du Covid-19 en Colombie.

 Ce n’est hélas pas le cas. L’Atlántico n’a pas 5% des cas confirmés du Covid-19 en Colombie. Ni même 10%, 15% ou 20%…

Accrochez-vous bien : Durant les dernières semaines, l’Atlántico a enregistré 50% des cas confirmés en Colombie ! C’est une catastrophe humanitaire sans précédent pour ce petit département.

La gouverneure (Elsa Noguera) a déclaré l’Alerte Rouge et a demandé officiellement de l’aide au gouvernement central du Président Duque.

Le maire de Barranquilla (dont la population représente la moitié de celle du département) nous a déjà imposé un régime draconien de mesures plus ou moins iniques : interdiction de sortir plus d’une fois par semaine (et ce uniquement pour des urgences), interdiction d’acheter et de consommer de l’alcool (pour ne pas encourager les rassemblements ou les fêtes), imposition de la loi martiale (obligation de rester chez soi tous les jours à partir de 20h00 et ce jusqu’à 05h00 le lendemain durant la semaine, plus à partir de 20h00 le vendredi jusqu’à 05h00 le lundi suivant en fin de semaines).

Les soldats patrouillent certains quartiers de la ville qui ont été déjà barricadés pour empêcher leurs habitants de contaminer les autres quartiers avoisinants…

Certains commerces dont l’ouverture avait été assouplie (coiffeurs, papeteries, quincailleries, centres commerciaux, etc.) ont été obligés de fermer à nouveau par décret municipal.

Pour nous qui vivons ici, c’est vraiment un pas en avant et deux pas en arrière…

Et nous n’avons aucune idée où nous allons…

Confinement en Colombie (9)

Le Président Duque est responsable de deux mesures importantes dans la lutte contre le covid-19 en Colombie :

1) Le confinement obligatoire chez soi

Il a été mis en place le 25 mars dernier. Il devait durer 15 jours, mais il a été régulièrement prolongé.

Dernière nouvelle en date : il vient tout juste d’être prolongé jusqu’au 15 juillet.

En effet, la Colombie n’a pas encore atteint son pic de cas – loin de là. 

Alors que la plupart des pays européens s’efforcent maintenant de revenir à une certaine normalité des choses en relâchant le confinement, la Colombie serre l’écrou.

Nous sommes maintenant dans la phase où le nombre de cas avérés double tous les trois jours (donc nous sommes en plein la phase exponentielle de la propagation du virus).

Nul ne sait donc où nous sommes en train de nous diriger…

2) L’Urgence Sanitaire

Cette mesure couvre l’organisation des infrastructures médicales en Colombie pour faire face à l’épidémie. Concrètement, cela veut dire augmenter la capacité d’accueil des Unités de Soins Intensifs, acheter des respirateurs, protéger le personnel soignant, etc…

Une autre conséquence importante de cette mesure est que les frontières de la Colombie sont maintenant totalement fermées.

a) Frontières terrestres

Elles sont totalement fermées, ce qui n’est pas plus mal considérant que les pays frontaliers de la Colombie ont énormément de cas avérés de covid-19.

La pire situation est surement le Brésil où le Président Jair Bolsonaro a officiellement déclaré que le covid-19 n’était juste qu'”une petite grippe sans importance” et qu’il ne prendrait donc aucune mesure pour le contenir car “l’économie du Brésil était plus importante que le nombre de vieilles personnes qui allaient mourir de cette grippe” (ses propres mots).  

N’adorez-vous pas tout simplement un démagogue ???

Bilan au Brésil au 28 juin 2020 : 1. 345. 254 cas confirmé et 57.658 décès.

b) Frontières aériennes

Elles sont également totalement fermés aux vols commerciaux.

La seule exception sont quelques rares vols humanitaires qui visent à rapatrier les étrangers qui se sont fait piégés en Colombie.

À noter que l’Urgence Sanitaire a été décrétée jusqu’au 31 août 2020

Personne ne peut donc entrer ou sortir de Colombie avant le 1er septembre.

Et il y a fort à parier que cette date soit également prolongée le moment venu.

Pour l’instant, nous ne sommes que les pions d’une situation que personne ne comprend et à laquelle personne ne sait comment faire face…

Confinement en Colombie (8)

J’ai déjà écrit ici sur le sujet des strates sociales dans les villes colombiennes.

La ville de Barranquilla est en gros divisée en deux zones sociales :

Les gens plutôt aisés (strates 4 à 6) vivent au nord de la ville.

Les gens moins aisés (strates 1 à 3) vivent au sud de la ville.

Dans le nord, les gens ont tendance à respecter les lois – sinon ils recevront des amendes et devront les payer.

Dans le sud, les gens ont tendance à ne pas respecter les lois – sinon ils recevront des amendes et n’auront pas un peso pour les payer – donc ils se fichent royalement des lois et des amendes en vigueur.

En gros, la “peur du gendarme” n’existe que dans le nord de la ville.

Barranquilla doit respecter un confinement obligatoire depuis le 25 mars. Ce confinement a été instauré par le Président Duque.

Les gens ne peuvent sortir de chez eux qu’une seule fois par semaine.

Les gens vivant au nord de la ville ont tendance à respecter cette mesure (de peur d’avoir à payer des amendes).

Les gens vivant au sud de la ville s’en fichent royalement car, n’ayant pas d’argent, ils ne pourront pas payer ces amendes.

Le jeune maire de Barranquilla élu l’année dernière ne sait plus quoi faire pour faire respecter le confinement instauré par le Président de la Colombie…

Il a commencé à annuler les transports entre le sud et le nord de la ville : cela n’a fait aucune différence : les gens du sud louent maintenant des motos-taxis pour aller au nord…

Il a décrété que les habitants de Barranquilla ne pourraient donc sortir de chez eux que deux fois par mois (au lieu d’une fois par semaine). Aucune différence : les gens du sud sortent de chez eux quand bon leur semble…

Il a alors décidé de punir les habitants de Barranquilla pour leur désobéissance :

  1. La vente d’alcool est maintenant totalement interdite dans la ville. Les gens du sud s’en fichent royalement et continuent à se procurer leurs bières (ou autres substances) illégalement.
  2. Le maire a maintenant instauré un couvre-feu entre 20h00 et 5h00. Les gens sont censés rester chez eux à partir de 20h00. Les gens du sud s’en fichent royalement et continuent de sortir de chez eux. toute la nuit (en buvant de l’alcool bien naturellement).
  3. Désespéré, le maire a maintenant fermé/scellé les quartiers de Barranquilla où la population désobéit le plus. Il a fait appel à l’armée pour s’assurer que les gens ne sortent plus de leur quartier.

    Nous sommes donc maintenant sous loi martiale dans certains quartiers.

    Les soldats patrouillent les rues de la ville.

    Vont-ils nous tirer dessus si nous désobéissons et ne respectons pas le confinement ? Ou bien si nous buvons une bière en dehors de chez nous ?

À suivre… !

Confinement en Colombie (7)

En Colombie, c’est le Président Duque (et son gouvernement) qui décident des mesures à prendre pour combattre la pandémie, mais ce sont les maires qui mettent en oeuvre ces mesures de façon concrète.

Il y a 1.123 municipalités en Colombie (la France en a 35.000 !!!) et chaque commune colombienne peut donc prendre ses propres dispositions pour combattre la pandémie.

Même avec 30 fois moins de communes qu’en France, c’est l’anarchie totale qui règne maintenant en Colombie. 

Pour ne prendre qu’un exemple, le président Duque a  décrété que les mineurs peuvent maintenant sortir dans les rues 30 minutes 3 fois par semaine… 

Les maires organisent donc ces sorties : parfois le matin, parfois l’après-midi, parfois le soir. C’est l’anarchie totale dans les communes…

Le Président Duque a décrété que nous devons restons chez nous (et ce depuis le 25 mars 2020). C’est ce qui s’appelle le “confinement obligatoire” pour ne pas propager le virus…

Mais ce sont les maires qui décident les “exceptions” à cette règle : combien de fois par jour avons-nous  légalement le droit de sortir de chez nous (pour faire des courses, pour aller voir les médecins, etc.) ?

Pour comprendre les choses sur le terrain, il faut savoir que la Colombie est un pays deux fois plus grand que la France. Les différences culturelles sont aussi importantes en Colombie qu’en France : 

Par exemple, en France, il est impossible de comparer un méridional avec un ch’ti. Ni même un breton avec un alsacien. Tous ont leur propre identité,  culture et manière d’être. 

C’est la même chose en Colombie. Chaque région a sa propre culture et sa manière d’être totalement individuelle. 

Je vis à Barranquilla, la 4ème ville du pays (en taille) qui se trouve tout au nord de la Colombie.

Comme nous vivons sur la côte des Caraïbes, les habitants de cette région sont appelés les “costeños” (les côtiers).

De par leur mentalité et culture, ils sont comparables aux méridionaux en France :

Ce sont en général des “grandes-gueules”, des gens qui aiment la musique et faire du bruit, des gens assez superficiels, mais très chaleureux.

Ce sont surtout des gens qui aiment désobéir et qui ont une sainte horreur de l’autorité.

Et ce sont ainsi des gens qui, de part leur désobéissance innée, ont maintenant créé le plus grand problème sanitaire en Colombie.

C’est en effet à cause d’eux que nous sommes maintenant sous la loi martiale à Barranquilla…

Voir mon prochain billet !

Confinement en Colombie (6)

Alors que la plupart des pays d’Europe commencent timidement à mettre en œuvre le déconfinement graduel de leurs habitants afin d’essayer de gérer prudemment un retour progressif vers la « normalité » des choses, la Colombie, elle, fait tout le contraire.

C’est-à-dire que la Colombie vient non seulement de prolonger l’urgence sanitaire jusqu’au 31 août (renouvelable),  mais elle a également prolongé le confinement obligatoire jusqu’à la fin du mois de juin (renouvelable) tout en resserrant de façon draconienne les conditions/exceptions des sorties.

Pourquoi ?

Comme je l’ai déjà expliqué dans un récent billet, la Colombie, de part sa position géographique,  a eu le luxe de pouvoir attendre 1 mois afin de voir ce qui se passait en Europe et, surtout, de pouvoir étudier les mesures prises par les gouvernements d’Europe Occidentale. Et d’étudier si ces mesures étaient efficaces ou non.

On se souviendra en effet que le pays qui commença a être le plus touché en Europe fut l’Italie, suivi de la France, du Royaume-Uni et de l’Espagne.

Il semblerait en effet que le pic des infections/morts soit passé en Europe Occidentale (même si de nombreux scientifiques pensent qu’une seconde vague de ce virus puisse arriver cet hiver).

Dans mon prochain billet, j’expliquerai pourquoi les choses vont empirer en Colombie et comment la vie devient infernale au quotidien dans ce pays…

 

Confinement en Colombie (5)

Je viens de prendre connaissance d’une toute récente étude médicale plutôt intéressante.

Elle est intéressante dans la mesure où c’est la première de son genre et, surtout, elle est basée sur une étude couvrant près de 17.000 patients hospitalisés au Royaume-Uni. C’est la première étude de ce genre réalisée en Europe.

L’organisation « International Severe Acute Respiratory and emerging Infections » (ISARIC) a donc étudié 16.749 patients hospitalisés au Royaume Uni entre le 6 février et le 18 avril 2020 et soufrant des symptômes du COVID-19.

Qu’est-il donc arrivé à ces patients dans les hôpitaux ?

– 33% sont décédés, soit un patient sur trois
–  17 % sont toujours sous traitement
–  50% sont guéris et sont rentrés chez eux

Beaucoup de patients hospitalisés ont dû être intubés afin d’être connectés à des respirateurs.

 Qu’est-il donc arrivé à ces patients sous respirateurs ?

– 53% sont décédés, soit plus d’un sur deux
– 27% sont toujours intubés
– 20% ont été déconnectés

Quand est-il des patients se trouvant toujours en soins intensifs (mais pas connectés à un respirateur) ?

– 45% sont décédés. Soit près d’un sur deux
– 31% sont guéris et sont rentrés chez eux
– 24% sont toujours en soins intensifs

Il semblerait donc que le COVID-19 soit aussi dangereux que le virus Ebola.

Ces chiffres sont cependant à prendre avec des pincettes intelligentes :

Apparemment, 80% des personnes infectées avec le COVID-19 ne s’en rendent pas compte. Elles n’ont aucun symptôme ou bien elles ont de très légers symptômes similaires à ceux d’un rhume.

Les personnes à risque sont donc celles qui développent de sérieux symptômes respiratoires et qui devront être hospitalisées. Dans ce cas, une personne sur trois décédera des suites de cette maladie.

En comparaison avec la grippe, le COVID-19 tue donc 8 fois plus de personnes infectées.

Toujours selon cette étude, le groupe à grand risque sont les personnes entre 57 et 82 ans.

L’âge moyen des décès est de 80 ans (c’est une moyenne).

N’oubliez-pas que les symptômes les plus significatifs  sont :

– une toux sèche (70% des cas)
– de la fièvre – plus de 38 degrés (69% des cas)
– de la difficulté à respirer (essoufflement) (65% des cas)