Confinement en Colombie (9)

Le Président Duque est responsable de deux mesures importantes dans la lutte contre le covid-19 en Colombie :

1) Le confinement obligatoire chez soi

Il a été mis en place le 25 mars dernier. Il devait durer 15 jours, mais il a été régulièrement prolongé.

Dernière nouvelle en date : il vient tout juste d’être prolongé jusqu’au 15 juillet.

En effet, la Colombie n’a pas encore atteint son pic de cas – loin de là. 

Alors que la plupart des pays européens s’efforcent maintenant de revenir à une certaine normalité des choses en relâchant le confinement, la Colombie serre l’écrou.

Nous sommes maintenant dans la phase où le nombre de cas avérés double tous les trois jours (donc nous sommes en plein la phase exponentielle de la propagation du virus).

Nul ne sait donc où nous sommes en train de nous diriger…

2) L’Urgence Sanitaire

Cette mesure couvre l’organisation des infrastructures médicales en Colombie pour faire face à l’épidémie. Concrètement, cela veut dire augmenter la capacité d’accueil des Unités de Soins Intensifs, acheter des respirateurs, protéger le personnel soignant, etc…

Une autre conséquence importante de cette mesure est que les frontières de la Colombie sont maintenant totalement fermées.

a) Frontières terrestres

Elles sont totalement fermées, ce qui n’est pas plus mal considérant que les pays frontaliers de la Colombie ont énormément de cas avérés de covid-19.

La pire situation est surement le Brésil où le Président Jair Bolsonaro a officiellement déclaré que le covid-19 n’était juste qu'”une petite grippe sans importance” et qu’il ne prendrait donc aucune mesure pour le contenir car “l’économie du Brésil était plus importante que le nombre de vieilles personnes qui allaient mourir de cette grippe” (ses propres mots).  

N’adorez-vous pas tout simplement un démagogue ???

Bilan au Brésil au 28 juin 2020 : 1. 345. 254 cas confirmé et 57.658 décès.

b) Frontières aériennes

Elles sont également totalement fermés aux vols commerciaux.

La seule exception sont quelques rares vols humanitaires qui visent à rapatrier les étrangers qui se sont fait piégés en Colombie.

À noter que l’Urgence Sanitaire a été décrétée jusqu’au 31 août 2020

Personne ne peut donc entrer ou sortir de Colombie avant le 1er septembre.

Et il y a fort à parier que cette date soit également prolongée le moment venu.

Pour l’instant, nous ne sommes que les pions d’une situation que personne ne comprend et à laquelle personne ne sait comment faire face…

Confinement en Colombie (8)

J’ai déjà écrit ici sur le sujet des strates sociales dans les villes colombiennes.

La ville de Barranquilla est en gros divisée en deux zones sociales :

Les gens plutôt aisés (strates 4 à 6) vivent au nord de la ville.

Les gens moins aisés (strates 1 à 3) vivent au sud de la ville.

Dans le nord, les gens ont tendance à respecter les lois – sinon ils recevront des amendes et devront les payer.

Dans le sud, les gens ont tendance à ne pas respecter les lois – sinon ils recevront des amendes et n’auront pas un peso pour les payer – donc ils se fichent royalement des lois et des amendes en vigueur.

En gros, la “peur du gendarme” n’existe que dans le nord de la ville.

Barranquilla doit respecter un confinement obligatoire depuis le 25 mars. Ce confinement a été instauré par le Président Duque.

Les gens ne peuvent sortir de chez eux qu’une seule fois par semaine.

Les gens vivant au nord de la ville ont tendance à respecter cette mesure (de peur d’avoir à payer des amendes).

Les gens vivant au sud de la ville s’en fichent royalement car, n’ayant pas d’argent, ils ne pourront pas payer ces amendes.

Le jeune maire de Barranquilla élu l’année dernière ne sait plus quoi faire pour faire respecter le confinement instauré par le Président de la Colombie…

Il a commencé à annuler les transports entre le sud et le nord de la ville : cela n’a fait aucune différence : les gens du sud louent maintenant des motos-taxis pour aller au nord…

Il a décrété que les habitants de Barranquilla ne pourraient donc sortir de chez eux que deux fois par mois (au lieu d’une fois par semaine). Aucune différence : les gens du sud sortent de chez eux quand bon leur semble…

Il a alors décidé de punir les habitants de Barranquilla pour leur désobéissance :

  1. La vente d’alcool est maintenant totalement interdite dans la ville. Les gens du sud s’en fichent royalement et continuent à se procurer leurs bières (ou autres substances) illégalement.
  2. Le maire a maintenant instauré un couvre-feu entre 20h00 et 5h00. Les gens sont censés rester chez eux à partir de 20h00. Les gens du sud s’en fichent royalement et continuent de sortir de chez eux. toute la nuit (en buvant de l’alcool bien naturellement).
  3. Désespéré, le maire a maintenant fermé/scellé les quartiers de Barranquilla où la population désobéit le plus. Il a fait appel à l’armée pour s’assurer que les gens ne sortent plus de leur quartier.

    Nous sommes donc maintenant sous loi martiale dans certains quartiers.

    Les soldats patrouillent les rues de la ville.

    Vont-ils nous tirer dessus si nous désobéissons et ne respectons pas le confinement ? Ou bien si nous buvons une bière en dehors de chez nous ?

À suivre… !

Confinement en Colombie (7)

En Colombie, c’est le Président Duque (et son gouvernement) qui décident des mesures à prendre pour combattre la pandémie, mais ce sont les maires qui mettent en oeuvre ces mesures de façon concrète.

Il y a 1.123 municipalités en Colombie (la France en a 35.000 !!!) et chaque commune colombienne peut donc prendre ses propres dispositions pour combattre la pandémie.

Même avec 30 fois moins de communes qu’en France, c’est l’anarchie totale qui règne maintenant en Colombie. 

Pour ne prendre qu’un exemple, le président Duque a  décrété que les mineurs peuvent maintenant sortir dans les rues 30 minutes 3 fois par semaine… 

Les maires organisent donc ces sorties : parfois le matin, parfois l’après-midi, parfois le soir. C’est l’anarchie totale dans les communes…

Le Président Duque a décrété que nous devons restons chez nous (et ce depuis le 25 mars 2020). C’est ce qui s’appelle le “confinement obligatoire” pour ne pas propager le virus…

Mais ce sont les maires qui décident les “exceptions” à cette règle : combien de fois par jour avons-nous  légalement le droit de sortir de chez nous (pour faire des courses, pour aller voir les médecins, etc.) ?

Pour comprendre les choses sur le terrain, il faut savoir que la Colombie est un pays deux fois plus grand que la France. Les différences culturelles sont aussi importantes en Colombie qu’en France : 

Par exemple, en France, il est impossible de comparer un méridional avec un ch’ti. Ni même un breton avec un alsacien. Tous ont leur propre identité,  culture et manière d’être. 

C’est la même chose en Colombie. Chaque région a sa propre culture et sa manière d’être totalement individuelle. 

Je vis à Barranquilla, la 4ème ville du pays (en taille) qui se trouve tout au nord de la Colombie.

Comme nous vivons sur la côte des Caraïbes, les habitants de cette région sont appelés les “costeños” (les côtiers).

De par leur mentalité et culture, ils sont comparables aux méridionaux en France :

Ce sont en général des “grandes-gueules”, des gens qui aiment la musique et faire du bruit, des gens assez superficiels, mais très chaleureux.

Ce sont surtout des gens qui aiment désobéir et qui ont une sainte horreur de l’autorité.

Et ce sont ainsi des gens qui, de part leur désobéissance innée, ont maintenant créé le plus grand problème sanitaire en Colombie.

C’est en effet à cause d’eux que nous sommes maintenant sous la loi martiale à Barranquilla…

Voir mon prochain billet !

Confinement en Colombie (6)

Alors que la plupart des pays d’Europe commencent timidement à mettre en œuvre le déconfinement graduel de leurs habitants afin d’essayer de gérer prudemment un retour progressif vers la « normalité » des choses, la Colombie, elle, fait tout le contraire.

C’est-à-dire que la Colombie vient non seulement de prolonger l’urgence sanitaire jusqu’au 31 août (renouvelable),  mais elle a également prolongé le confinement obligatoire jusqu’à la fin du mois de juin (renouvelable) tout en resserrant de façon draconienne les conditions/exceptions des sorties.

Pourquoi ?

Comme je l’ai déjà expliqué dans un récent billet, la Colombie, de part sa position géographique,  a eu le luxe de pouvoir attendre 1 mois afin de voir ce qui se passait en Europe et, surtout, de pouvoir étudier les mesures prises par les gouvernements d’Europe Occidentale. Et d’étudier si ces mesures étaient efficaces ou non.

On se souviendra en effet que le pays qui commença a être le plus touché en Europe fut l’Italie, suivi de la France, du Royaume-Uni et de l’Espagne.

Il semblerait en effet que le pic des infections/morts soit passé en Europe Occidentale (même si de nombreux scientifiques pensent qu’une seconde vague de ce virus puisse arriver cet hiver).

Dans mon prochain billet, j’expliquerai pourquoi les choses vont empirer en Colombie et comment la vie devient infernale au quotidien dans ce pays…

 

Confinement en Colombie (5)

Je viens de prendre connaissance d’une toute récente étude médicale plutôt intéressante.

Elle est intéressante dans la mesure où c’est la première de son genre et, surtout, elle est basée sur une étude couvrant près de 17.000 patients hospitalisés au Royaume-Uni. C’est la première étude de ce genre réalisée en Europe.

L’organisation « International Severe Acute Respiratory and emerging Infections » (ISARIC) a donc étudié 16.749 patients hospitalisés au Royaume Uni entre le 6 février et le 18 avril 2020 et soufrant des symptômes du COVID-19.

Qu’est-il donc arrivé à ces patients dans les hôpitaux ?

– 33% sont décédés, soit un patient sur trois
–  17 % sont toujours sous traitement
–  50% sont guéris et sont rentrés chez eux

Beaucoup de patients hospitalisés ont dû être intubés afin d’être connectés à des respirateurs.

 Qu’est-il donc arrivé à ces patients sous respirateurs ?

– 53% sont décédés, soit plus d’un sur deux
– 27% sont toujours intubés
– 20% ont été déconnectés

Quand est-il des patients se trouvant toujours en soins intensifs (mais pas connectés à un respirateur) ?

– 45% sont décédés. Soit près d’un sur deux
– 31% sont guéris et sont rentrés chez eux
– 24% sont toujours en soins intensifs

Il semblerait donc que le COVID-19 soit aussi dangereux que le virus Ebola.

Ces chiffres sont cependant à prendre avec des pincettes intelligentes :

Apparemment, 80% des personnes infectées avec le COVID-19 ne s’en rendent pas compte. Elles n’ont aucun symptôme ou bien elles ont de très légers symptômes similaires à ceux d’un rhume.

Les personnes à risque sont donc celles qui développent de sérieux symptômes respiratoires et qui devront être hospitalisées. Dans ce cas, une personne sur trois décédera des suites de cette maladie.

En comparaison avec la grippe, le COVID-19 tue donc 8 fois plus de personnes infectées.

Toujours selon cette étude, le groupe à grand risque sont les personnes entre 57 et 82 ans.

L’âge moyen des décès est de 80 ans (c’est une moyenne).

N’oubliez-pas que les symptômes les plus significatifs  sont :

– une toux sèche (70% des cas)
– de la fièvre – plus de 38 degrés (69% des cas)
– de la difficulté à respirer (essoufflement) (65% des cas)

Confinement en Colombie (4)

Bien naturellement, je suis de très près, et quotidiennement, la presse française et anglaise sur le sujet de cette pandémie.

Logiquement, je pense ainsi que les informations glanées en Europe me seront utiles en Colombie.

En effet, cette pandémie est progressive de par le monde. Le foyer original a bien été en Chine, puis les infections se sont propagées dans d’autres foyers. Je suis donc de très près ce qui se passe en Italie, en France et en Espagne. Les mesures concrètes prises dans ces pays  peuvent en effet se révéler utiles alors que je suis confiné en Colombie.

De par sa position géographique, la Colombie accuse en effet un certain retard par rapport à l’Europe. Le gouvernement colombien observe donc ce qui se passe en Europe et prend ses décisions basées sur l’efficacité des mesures prises outre Atlantique.

Mais, après plusieurs mois d’observations, je ne peux pas m’empêcher de tirer mes propres conclusions (erronées ou non – seul l’avenir le dira) :

Une pléthore de soi-disant « experts » adorent nous donner des conseils au quotidien. Au final, ces « experts » n’ont absolument aucune idée de quoi ils parlent. Ils ne connaissent pas leur sujet, car ce virus est totalement nouveau et personne ne connait son comportement. Jugez-en vous-mêmes :

 1) Dès le début, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) nous a dit que porter des masques ne servirait strictement à rien pour nous protéger. Ces masques ne sont pas trop étanches et le virus est tellement petit (en taille) qu’il ne peut pas être filtré par ces masques.

On efface tout et on recommence : les masques sont maintenant indispensables – et deviendront maintenant obligatoires dans beaucoup de pays…

 2) Idem pour le port de gants. Recommandé, puis plus du tout recommandé, puis de nouveau recommandé…

3) Certains médicaments existant sont très efficaces contre le COVID-19 !!! À savoir l’hydroxychloroquine originellement prescrite contre la malaria.

On efface tout et on recommence : de très sérieuses études cliniques montrent maintenant que cette molécule ne sert strictement à rien et, au contraire, peut engendrer des effets secondaires mortels…

4) Les respirateurs sont l’unique solution pour sauver des vies ! Chaque pays en manque et la priorité est maintenant donnée à la fabrication de dizaine de milliers de ces respirateurs !

On efface tout et on recommence : de très sérieuses études cliniques montrent maintenant que plus de deux tiers (67%) des patients les utilisant meurent. Les poumons étant remplis de fluide, ces respirateurs n’arrivent pas à pomper de l’oxygène dans les poumons… Ils ne servent à rien…

5) Une autre panacée ! Les rayons UV du soleil, la chaleur et le taux d’humidité dans l’air arrivent à tuer le COVID-19 en 90 secondes !

On efface tout et on recommence :  si c’était le cas, pourquoi les régions chaudes et humides (Floride, Louisiane, Afrique équatoriale, etc.) du monde ne sont-elles pas épargnées ?

6) Solution ! Le vaccin ! Seul un vaccin pourra enrayer cette pandémie ! Nous devons nous concentrer sur le développement de ce vaccin !

 On efface tout et on recommence : le virus du COVID-19  a déjà muté plus de 30 fois (comme la plupart des virus le font).

Un vaccin efficace contre l’une souche du virus ne le sera pas nécessairement contres les autres souches…

La preuve ? Il n’existe pas de vaccin efficace à 100% contre la grippe…

7)  Solution ! Un remède ! De nombreux laboratoires y travaillent !

On efface tout et on recommence : On n’a jamais réussi à trouver un remède contre le rhume commun (un autre virus). Et, du jour au lendemain, en quelques mois, l’on pourrait trouver un remède contre le COVID-19 ?

Cette crise mondiale nous montre combien les gouvernements et les communautés scientifiques ne sont pas préparés pour faire face à un nouveau problème sanitaire qui dépasse leur entendement.

Cette crise mondiale nous montre l’égoïsme de ces « experts » qui aiment écouter le son de leur propre voix et n’ont aucune idée de comment résoudre le problème.

Cette crise mondiale nous montre combien les dirigeants n’ont absolument aucune  idée de comment faire face aux problèmes.

La Suède et le Brésil font l’autruche et minimisent le problème.

La France est en guerre contre un ennemi invisible.

L’Allemagne se targue de ne pas être en guerre.

L’Italie et l’Espagne ne savent pas où ils vont.

Personne ne sait où il va…

Beaucoup de dirigeants démagogues ne cherchent qu’à gagner des points de popularité…

Confinement en Colombie (3)

Même si c’est le gouvernement colombien qui a décrété les modalités et les dérogations du confinement obligatoire national, ce sont les municipalités qui en gèrent les applications concrètes.

Et, la Colombie restant la Colombie, c’est naturellement l’anarchie totale entre les municipalités.

Je m’explique :

Selon le décret du gouvernement central, le commun des mortels, comme moi, a le droit de sortir de chez lui pour :

1) Faire ses courses (100% nourriture pour lui et ses animaux de compagnie)

2) S’occuper de sa santé, c’est à dire aller voir des médecins ou bien se procurer des médicaments

3) Aller visiter sa banque

D’un point de vue concret, les gens ont donc le droit de sortir pour faire leurs courses (point (1)).

En ce qui concerne le point (2), très rares sont les médecins qui vous reçoivent encore, même si vous aviez des rendez-vous confirmés avec eux. En ce qui me concerne, tous mes rendez-vous médicaux à Barranquilla ont été annulés.

Il est cependant vrai que la plupart des pharmacies restent ouvertes dans la ville toute la journée.

En ce qui concerne le point (3), 95% des banques sont fermées à Barranquilla. Une rare exception est Bancolombia qui ouvre quelques de ses agences dans la ville entre 8h00 et 12h00.

Donc, vous l’aurez compris, vous avez le droit de sortir de chez vous pour les exceptions que j’ai mentionnée ci-dessus. Mais pouvez-vous sortir tous les jours ? 

Que nenni ! Ce sont en effet les municipalités qui décident quand vous avez le droit de sortir ! Et chaque municipalité impose ses propres règles.

À Bogotá, capitale du pays avec plus de 7 millions d’habitants, les femmes peuvent sortir les jours pairs et les hommes les jours impairs.

Cela doit être impressionnant de déambuler dans une ville où il n’y a que des femmes dans les rues… Cela me fait un peu penser à un scénario apocalyptique…

Rien que des femmes dans les rues...
Rien que des femmes dans les rues…

À Barranquilla, la municipalité avait originellement indiqué que vous pouviez sortir les jours pairs si le dernier chiffre de votre carte d’identité était pair (et les jours impairs si le dernier chiffre de votre carte d’identité était impair). Concrètement, vous pouviez donc sortir de chez vous un jour sur deux…

La municipalité est récemment revenue sur sa décision. Maintenant, vous devez vous plier à ce décret – toujours basé sur le dernier chiffre de votre carte d’identité :

Lundi : 1, 2 & 3
Mardi : 4, 5 & 6
Mercredi : 7, 8 & 9
Jeudi : 0, 1 & 2
Vendredi : 3, 4 & 5
Samedi : 6, 7 & 8
Dimanche : 9 & 0

Ceci veut donc dire que vous n’avez donc le droit de sortir chez vous que 2 fois par semaine…