Lucie est une femme qui, deux fois par semaine, vient dans notre maison pour être la « fée du logis » dans/de notre foyer. En Colombie, on utilise le mot « muchacha » pour la décrire, mais ce terme est assez justement péjoratif – disons donc que c’est notre « ayuda domestica » (aide domestique). Lucie vit dans les quartiers pauvres au sud de la ville (Barranquilla). Deux fois par semaine, elle se réveille à 6 heures du matin et prend le bus au sud de la ville pour arriver chez nous à 8 heures du matin – où elle travaillera jusqu’à 16 heures.
Notre maison serait une véritable porcherie si elle ne venait pas chaque semaine. Nous la payons $35.000 pour son travail quotidien. C’est très peu comparé à un travail quotidien en France. C’est plus ou moins « juste » pour un travail quotidien en Colombie…
Comme je l’ai mentionné, elle vit dans un quartier pauvre au sud de Barranquilla.
Dans ces quartiers pauvres, les prestataires de services tels que l’électricité ou l’eau ne la prennent pas trop au sérieux, car c’est une personne pauvre qui, de toute façon n’a aucun pouvoir « officiel » pour faire bouger les choses en cas de problèmes.
En effet, il faut savoir que, en Colombie, vous payez pour les services (eau, gaz, électricité, etc.) en fonction de où vivez. Les personnes des quartiers pauvres obtiennent une réduction, en fonction de où ils vivent… Et les quartiers riches payent un supplément pour subventionner ces quartiers pauvres.
La semaine dernière, l’électricité s’est arrêté dans son quartier. Pour comprendre ce billet, imaginez vivre en France sans électricité.
Imaginez vivre sans lumière, sans TV, sans frigo, sans ventilateur, sans rien…
Imaginez une telle panne en France. EDF viendrait sous 24 heures pour résoudre le problème. En Colombie, non. Surtout dans les quartiers pauvres.
Pourquoi pas ?
Tout simplement parce que les quartiers pauvres sont totalement ignorés par les prestataires de service. Que ce soit l’eau, le gaz ou bien l’électricité – ce dernier prestataire sur la Côte s’appelant « ElectriCaribe ».
Imaginez donc vivre sans électricité. Imaginez vivre sans lumière, sans TV, sans frigo, sans ventilateur, sans rien… Et le prestataire ne fera rien, car il ne gagne pas assez d’argent avec ces gens pauvres.
Après 5 jours sans électricité, les gens du quartier ont en eu marre. Ils avaient perdu le contenu de leurs frigos et de leurs congélateurs. Ils ne pouvaient pas dormir parce que leurs ventilateurs ne fonctionnaient pas. Ils ont donc justement décidé de protester. En bloquant leurs rues et en brûlant des pneus pour être entendus :

Bien entendu la police fut alors appelée, le journal local fut alerté, et c’est uniquement à cause de cette exposition médiatique que les habitants du quartier, après cinq jours sans électricité, purent enfin récupérer ce service de base.
Bienvenue en Colombie !
et dire que en France , pour 10 minutes de coupure ils se plaignent …..