Je suis dans une position privilégiée dans la mesure où j’enseigne l’anglais et le français à Barranquilla. Ceci me permet de comprendre plus intimement les différences de prononciation (et de grammaire) entre ces deux langues.
J’ai toujours vécu entre la culture latine et la culture anglo-saxonne. C’est vrai, j’ai « le cul entre deux chaises », comme l’on dit vulgairement, mais ceci m’a toujours permis de mieux comprendre les différences culturelles entre le Royaume-Uni et la France, et donc d’utiliser ces énormes différences de fond afin d’adapter mon enseignement linguistique en Colombie en fonction de ces variations.
Une des différences les plus importantes (et emblématiques) de cet enseignement est le fait que, à l’instar de l’allemand, l’espagnol possède des règles très strictes de prononciation. Et des règles immuables qui plus sont. Dans la pratique cela veut dire que chaque lettre (consonne ou voyelle) se prononce toujours de la même façon en espagnol.
Il est donc possible d’imaginer une situation où une personne pourrait lire parfaitement un discours d’une heure (ou plus !) en espagnol sans en comprendre le moindre mot dès l’instant où cette personne comprendrait les règles de base de prononciation de l’espagnol.
En français, cela devient plus compliqué. Le français possède certes des règles de prononciation (un quiz : quelles sont les trois manières de prononcer la lettre ‘s’ en français ?). Mais tout le monde connait l’exemple de ‘Les poules du couvent couvent’ en français. Essayer cependant d’expliquer la logique de cette prononciation à un colombien…
En anglais, cela devient presque impossible. Essayer d’expliquer à un colombien que la lettre ‘a’ a au moins trois prononciations !
1) Le son ‘a’ comme le son de base français ‘a’ dans ‘papa’ dans les mots anglais comme ‘cat’ ou bien ‘father’.
2) Le son ‘ai’ (ou ‘è’) comme le son de base français ‘ai’ du mois de ‘mai’ dans les mots anglais comme ‘late’ ou bien ‘fare’.
3) Un ‘o’ comme le son de base français ‘o’ du mot ‘coco’ dans le mot anglais ‘water’.
La même lettre ‘a’ a donc trois sons différents en anglais. Ce n’est pas évident d’expliquer tout ceci à des étudiants colombiens.
Et c’est dans doute pour ces difficultés de prononciation que, en règle générale, les colombiens n’aiment pas l’anglais. En fait, ce n’est pas qu’ils n’aiment pas l’anglais – ils haïssent l’anglais. Ils doivent apprendre la prononciation de chaque mot. Le plaisir d’apprendre une nouvelle langue est vite effacé/oublié lorsque vous devez faire autant d’efforts de mémoire. Et apprendre une nouvelle langue devient un devoir et non plus un plaisir. Et je mentionnerai pas les 144 verbes irréguliers que j’impose à mes étudiants. Ils me remercieront un jour mais, pour le moment, ils me haïssent…
A la fin de l’enseignement obligatoire en Colombie (11 ans de scolarité en Colombie contre 12 ans en France), les potaches colombiens doivent passer un examen, qui s’appelle la ‘prueba ICFES’.
C’est un peu l’équivalent du BAC en France (réussir cet examen permet (en théorie) d’entrer dans une université en Colombie). Sauf que ce niveau de connaissances est plutôt du niveau de la Seconde (en France) que de la Terminale.
Et le niveau de l’anglais en Colombie est une telle calamité au niveau national que le gouvernement colombien a maintenant décidé de réagir.
Il faut savoir qu’il existe 6 niveaux de connaissances d’une langue internationalement reconnus. Ces niveaux vont de A1 (le plus faible) à C2 (le plus fort) et sont expliqués ici.
Le niveau d’anglais aux examens ICFES en Colombie est (était) du niveau B2.
Le gouvernement colombien a tellement honte des résultats nationaux ICFES en anglais que, plutôt que d’améliorer la qualité d’enseignement de l’anglais en Colombie, il a officiellement décidé de baisser le niveau de l’examen ICFES en anglais qui passera donc en 2014 du niveau B2 à B1.
C’est simple – il suffisait d’y penser et de décider au niveau ministériel que d’entériner la médiocrité résoudrait tous les problèmes.