Élections à la mode de la Colombie…

Nous avons des élections importantes le mois prochain en Colombie : élection des maires, des gouverneurs d’état, des conseillers municipaux et des édiles. Ces élections ont lieu tous les quatre ans.

Ces élections déchaînent les passions car, traditionnellement,  les personnes élues seront en mesure de s’enrichir grandement en volant les subventions locales et nationales du gouvernement. 

Cela fait des lustres que les élections locales en Colombie sont une source endémique de fraudes à un niveau qu’il est difficile d’imaginer en Europe. Les fraudes sont essentiellement basées sur deux piliers :

1) L’achat de votre vote. Le prix actuellement en vigueur est de $50.000 par vote

2) Les inscriptions frauduleuses : à l’instar de la France, les personnes qui désirent voter doivent s’inscrire dans la commune où elles résident – en montrant leur carte d’identité. Les candidats qui veulent s’assurer d’être élus font donc venir des centaines d’amis, voire des milliers, pour qu’ils s’inscrivent dans une municipalité donnée. Ceci s’appelle ironiquement en espagnol « la trashumancia » (la transhumance).

Ce système a fonctionné depuis moult années et il est omniprésent en Colombie. Mais peut-être devrais-je écrire « était » (au passé). En effet, les autorités colombiennes se sont informatisées depuis quelques années, et il est donc plus aisé de repérer les fraudes. L’organisme gouvernemental chargé de s’assurer du bon fonctionnement des élections est le CNE « Consejo Nacional Electoral » (le Conseil National Électoral).

Fier de sa nouvelle base de données informatisée, le CNE a donc décidé de vérifier si les nouveaux électeurs qui s’inscrivaient dans des municipalités données habitaient effectivement dans ces municipalités. le CNE a vérifié 782.544 inscriptions au hasard.

Allez, jouez le jeu, sur ces 782.544 inscriptions vérifiées par le CNE, combien pensez vous qu’elles étaient frauduleuses ?

Je vous laisse cogiter…

5% ?
10 % ?
15 % ?

Eh non ! En fait, 398.275 inscriptions se sont révélées frauduleuses – soit plus de la moitié !

Eh oui, nous sommes en Colombie où le meilleur côtoie le pire…  :mrgreen: 

Mise à jour du 25 septembre 2015 : le Ministre de l’Intérieur vient d’annoncer que, au niveau national, 2 millions de cartes d’identité risquent d’être annulée pour fraude ! 

Mise à jour du 27 septembre 2015 : dans 14 municipalités de la région des Caraïbes, 80% des inscriptions ont été annulées par le CNE ! Quitte à tricher, autant le faire à une grande échelle !

Mise à jour du 8 octobre 2015 : au niveau national, 1.620.109 cartes d’identité ont maintenant été annulées pour inscriptions frauduleuses ! 

 

Voici ce qui se passe lorsque les travaux de voirie ont du retard à Barranquilla

Celles et ceux d’entre vous qui lisent régulièrement ce blog sauront que j’ai déjà écrit plusieurs billets sur les « torrents » meurtriers de Barranquilla  (notamment ici, ici, ici et ici).

L’un des plus tristement célèbres est celui de la Calle 84 (Rue 84) qui ressemble à ceci :

 

Le torrent de la Calle (Rue) 84
Le torrent de la Calle (Rue) 84

 

Cette Rue 84 traverse des quartiers chics de Barranquilla et, les riches ayant toujours priorité en Colombie, la municipalité a donc décidé de prendre le taureau par les cornes et de créer un système d’évacuation sous la Rue 84.  C’est une oeuvre titanesque dans la mesure où il faut détruire la chaussée, construire le système de canalisation sous la chaussée, et puis naturellement reconstruire la chaussée.

Les travaux ont commencé en fin d’année dernière, la logique derrière cette décision étant qu’il y a deux saisons des pluies à Barranquilla :

* Une première (légère) saison des pluies en mai/juin
* Une seconde saison des pluies beaucoup plus importante en septembre/octobre

Le but étant de terminer les travaux avant la seconde saison des pluies de 2015…

Oui mais, la Colombie étant la Colombie, les travaux n’ont pas été terminés à temps…

Avant-hier, nous avons eu un superbe orage tropical (dont la région avait cependant grandement besoin). Qu’est-il arrivé à la Rue 84 ? Ceci :

Une partie de la Rue 84 a été détruite !
Une partie de la Rue 84 a été détruite !

 

Non seulement une grande partie des outils de voirie ont été emportés par les pluies torrentielles, mais une partie de la chaussée s’est complètement effondrée, minée par la force herculéenne des eaux – ce qui était à prévoir je pense…

La municipalité assure avoir la situation sous contrôle  😆  Ce qui me parait fort improbable sachant que la seconde saison des pluies à Barranquilla ne fait que de commencer !

Le lac du cygne/El lago del cisne: RIP

Il y a un grand lac près de Barranquilla qui s’appelle « El lago del cisne » (le lac du cygne).

Ce lac est alimenté par les pluies qui tombent deux fois par an sur Barranquilla (une première fois en mai/juin et une seconde fois en octobre) et qui se déversent donc dans ce lac en l’alimentant.

En ce 16 septembre 2015, voici à quoi ressemble le Lac du Cygne :

Le
Le « Lac du cygne  » près de Barranquilla – totalement asséché.

 

La faune et la flore de ce lac ont complètement disparues. Le lac est totalement asséché.

Les nombreux pêcheurs qui vivaient de la pêche dans ce lac sont maintenant sans emploi. Et sans avenir…

Que l’on blâme cette situation actuelle sur le phénomène météorologique de « el niño » ou bien de « la niña », je ne comprends pas les politiciens qui nient le réchauffement climatique.

De quelles autres preuves climatiques ces soit-disant experts ont-ils besoin pour se rendre compte que le réchauffement climatique est un fait avéré qu’il est impossible de nier ?

Le racisme en Colombie

Après le Brésil, la Colombie est le pays en Amérique Latine qui possède le plus grand nombre de « afro-latinos », c’est à dire de descendants des africains qui furent amenés de force en Amérique du Sud pour servir d’esclaves.

Le dernier recensement (qui date de 2005) montre que, en Colombie : 37% de la population sont des blancs (la majorité des descendants des espagnols) 10,6% de la population sont des noirs d’origine africaine (descendants des esclaves) 3,4% de la population sont des améridiens autochtones (les indiens (87 ethnies) qui habitaient en Colombie avant l’arrivée des conquistadors espagnols) et 49% de la population sont des métis (principalement issus du métissage entre les blancs et les noirs – on les appelle « morenos » en Colombie).

On pourrait penser que, dans un pays où près d’une personne sur d’eux est métis, il existerait une certaine harmonie raciale. Hélas, c’est totalement faux. Il existe en Colombie un racisme latent basé sur la couleur de votre peau.

Les blancs (plus d’un tiers de la population) se sentent supérieurs sur toutes les autres ethnies. Ce sont d’ailleurs eux qui contrôlent la plupart des échelons du gouvernement. Les métis (près de la moitié de la population) se sentent supérieurs sur les afro-colombiens et les améridiens. Les afro-colombiens vivent dans des « enclaves » au sud de Carthagène des Indes et sur la Côte ouest du pacifique. Les améridiens sont totalement ignorés. Leurs cultures est en train de s’éteindre car le gouvernement central ne fait rien pour préserver leurs cultures).

Personnellement, je n’arriverai JAMAIS à comprendre le fondement du racisme – que ce soit en Colombie ou ailleurs. Je n’arriverai JAMAIS à comprendre pourquoi l’on peut juger une personne de par la quantité de mélanine qu’elle a dans sa peau. Je n’arriverai JAMAIS à comprendre pourquoi l’on peut juger les capacités d’une personne en fonction de la quantité de mélanine qu’elle a dans sa peau. Comme si la quantité de mélanine qu’une personne a dans sa peau pouvait influencer quoi que soit… Sa personnalité, son intelligence, ses valeurs morales, etc…

Définition de la mélanine : http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9lanine  

Nous sommes identiques !
Nous sommes identiques !

  Et pourtant, en 2015, le racisme (basé sur la couleur de la peau) est omniprésent. Non seulement en Colombie, mais également à travers le monde. Une étude récente MONDIALE parmi des enfants montre/démontre que le racisme est inculqué par les parents et par les professeurs à un très jeune age: Voici la traduction partielle d’un questionnaire INTERNATIONAL posé à des enfants (blancs et noirs) âgés entre 7 et 10 ans : Une poupée de peau noire et une poupée de peau blanche furent montrées à ces enfants : 1) Question : Quelle est la poupée la plus laide ? Majorité des réponses : la noire. 2) Question : Laquelle de ces deux poupées est gentille ? Presque l’unanimité des réponses : la blanche. 3) Question : Une de ces deux poupées t’a volé un bonbon. Laquelle t’a volé ? Majorité des réponses : la noire. 4) Question : Lorsque ces poupées seront grandes, l’une d’entre elle aura beaucoup d’argent, et l’autre non. Quelle poupée aura beaucoup d’argent ? Majorité des réponses : la blanche (y compris par les enfants de peau noire). Ce genre d’enquête me déprime profondément..  

Joignez l’utile à l’agréable – achetez des vêtements pare-balles !

La Colombie restant la Colombie, l’exposition annuelle internationale Colombiamoda vous propose maintenant des habits pare-balles !

Vestes, complets, etc. ces habits ont naturellement été conçus au Mexique (violence oblige), mais sont maintenant 100% fabriqués en Colombie. Même les femmes ont leur ligne pare-balles (j’ignore cependant si le soutien-gorge fait partie des modèles disponibles)…

Achetez vos vêtements pare-balles !
Achetez vos vêtements pare-balles !

 

Avant d’investir vos deniers dans ces vêtements, il est de mon devoir de vous signaler quelques faits avérés :

1) 95% des sicaires assassinent en tirant une/des balle(s) dans la tête…
2) Ces vêtements ne sont pas garantis ni contre les grenades ni contre les lance-roquettes…

Une nouvelle rafle dans deux prisons de Barranquilla – vous allez être surpris !

Il faut savoir que, à Barranquilla, la plupart des tentatives d’extorsion sont faites par des prisonniers depuis leur prison. Voici comment ça marche…

Il faut savoir que, à Barranquilla, la plupart des tentatives d’extorsion sont faites par des prisonniers depuis leur prison

Le principe est simple : prenez un annuaire téléphonique et un téléphone mobile, puis appelez quelqu’un au hasard en vous faisant passer pour un membre d’une organisation mafieuse qui sont légion sur la Côte. Puis menacez-les et leur famille en leur disant que s’ils ne paient pas tant de millions de pesos (à un complice en dehors de la prison), ils leur arrivera un accident fâcheux…

Même si cela ne marche qu’une fois sur cent, vous imaginez les sources potentielles de revenus… Et je sais de quoi je parle puisque cela m’est déjà arrivé trois fois – et c’est d’ailleurs pour cela que mon numéro de téléphone n’apparaît plus dans l’annuaire de Barranquilla…

« Un téléphone mobile », me direz-vous. Les prisonniers ont donc le droit de posséder un téléphone ? Bien sûr que non mais, comme nous parlons de la Colombie, la pratique est totalement différente de la théorie.

La police a commencé à prendre des mesures pour enrayer ce fléau : dans la prison « El Bosque », l’une des trois prisons de Barranquilla, des équipements bloquent maintenant les signaux des téléphones mobiles à l’intérieur de la prison (ils bloquent également les signaux des téléphones mobiles des habitants autour de la prison, mais bon, c’est une autre histoire…).

La police n’ayant pas le budget pour installer ces équipements de blocage dans les deux autres prisons de Barranquilla (les prisons « Modelo » et « El Buen Pastor »), elle a tout simplement fait une rafle dans ces deux établissements pénitentiaires.  Voici ce que les policiers ont trouvé :

Quel butin !
Quel butin !

 

– 146 téléphones
– 94 cartes SIM
– 100 batteries
– 128 chargeurs
– 987 grammes de drogue
– 397 armes blanches
– 59 kits mains-libres
– 736.000 pesos colombiens

Certains téléphones étaient cachés dans des téléviseurs. Et même à l’intérieur d’une Bible !

À l’intérieur d’un téléviseur et même dans une bible !

 

Il pleut, amène les ordures !

Barranquilla n’a pas de système souterrain pour évacuer les eaux des orages tropicaux qui tombent régulièrement sur la ville avec une rare violence. Ces orages créent des torrents très dangereux qui coulent donc dans les rues emportant tout sur leurs passages (y compris des voitures). J’ai d’ailleurs écrit sur ce sujet dans le forum (dans ce fil) où vous trouverez des photos et des vidéos très impressionnantes.

À quelques endroits de la ville, il existe cependant des canaux ouverts qui récupèrent l’eau de ces orages et qui l’acheminent vers des lacs, tel que le Lac du Cygne (« Lago del Cisne »).

Ces canaux ressemblent à ceci :

Canal d'évacuation des eaux des orages tropicaux.
Canal d’évacuation des eaux des orages tropicaux.

 

À la fin de chaque canal, il y a une grille qui bloque les gros débris les empêchant ainsi de se déverser dans le lac. Voici une de ces grilles :

Grille qui, à l'extrémité des canaux, bloquent les gros débris.
Grille qui, à l’extrémité des canaux, bloquent les gros débris.

 

Donc, que se passe-t-il dans la pratique ?

Lors d’un orage tropical, certaines rues ressemblent à ceci :

Un torrent de Barranquilla lors d'un orage tropical.
Un torrent de Barranquilla lors d’un orage tropical.

 

Et c’est donc l’occasion idéale pour les riverains de se débarrasser de tous leurs déchets !  Ils jettent dans ces torrents leurs vieux matelas, leurs vieux canapés, des pneus crevés, leurs vieux frigos,  des vieilles motocyclettes… En fait, tous leurs déchets domestiques y compris les ordures ménagères.

Vous me direz que les grilles vont bloquer ces débris, non ? Absolument ! Sauf que, après quelques heures de pluies et des dizaines de milliers d’habitants utilisant les torrents comme dépotoirs, les grilles ressemblent à ceci :

 

150 tonnes de débris et de déchets après 2 heures de pluie !
150 tonnes de débris et de déchets après 2 heures de pluie !
Envoyez les pelleteuses pour débloquer les grilles !
Envoyez les pelleteuses pour débloquer les grilles !

 

Ah, la Colombie !  :mrgreen: