Nous avons des élections importantes demain (dimanche 30 octobre 2001) en Colombie : gouverneurs d’état, maires, conseillers municipaux, et divers autres personnages officiels. Tout ce beau monde est élu pour 4 ans au suffrage universel.
J’ai suivi avec intérêt la campagne électorale (qui a débuté courant septembre). Cette campagne a eu tous les ingrédients d’un mauvais film noir : corruption, intimidation, tricherie, attentats, chantage, extorsions, menaces, meurtres commandités – et j’en passe !
Pour comprendre les évènements, il faut savoir que la Colombie est un pays toujours très corrompu (vous trouverez les tous derniers chiffres officiels de 2010 ici). Et la situation ne s'améliore guère puisque la Colombie vient de perdre 3 places dans le classement…
La corruption existe hélas à tous les niveaux : du simple employé municipal aux politiciens élus – en passant par les policiers et les juges. Bien sûr, il existe des fonctionnaires intègres, mais disons que c'est plutôt l'exception que la règle…
Donc, toute personne en position de pouvoir va pouvoir se remplir les poches. Et plus la fonction sera haute, plus cette personne aura de possibilités pour s’enrichir sur le dos du peuple en détournant des deniers publics, que ces derniers fassent partie des budgets municipaux ou d’état, ou bien qu'ils soient sous la forme de subventions.
Depuis plusieurs semaines la tension monte donc régulièrement et voici quelques combines utilisées pour (essayer de) se faire élire :
1) Truquer les listes électorales : faire voter les morts et les absents, faire voter les gens dans plusieurs bureaux de votes en les inscrivant plusieurs fois ou, tout simplement, inscrire des électeurs fictifs sur les liste électorales ! A ce jour, plus de 500 000 cartes d’identités d’électeurs inscrits ont été déclarées invalides.
2) Menacer les candidats qui risquent de gagner (à ce jour, 88 menaces ont été déclarées – on se demande combien de menaces n’ont pas été déclarées !), les tabasser (21 cas reportés) et, si cela ne marche pas, les tuer (41 meurtres commis à ce jour).
En tout, les actes violents ont augmenté de plus de 50% par rapport aux dernières élections de 2007.
3) Acheter les « jurados », c'est-à-dire les personnes qui vérifient votre identité dans les bureaux de votes et qui vous remettent le bulletin de vote en mains propres.
Un ou deux millions de pesos achètera un « jurado » qui pourra alors remettre à certaines personnes auparavant sélectionnées plusieurs bulletins de vote (au lieu d'un seul). Accumulés, ce bulletins de vote supplémentaires influenceront les résultats dans les municipalités où les résultats s’annoncent serrés.
4) Acheter les votes. Il est estimé que plusieurs centaines de millier d’électeurs vendront leur vote. Un vote s’achète pour 40 000 pesos en moyenne, donc une famille entière qui vend ses votes (grands-parents, parents, frères, sœurs, etc.) peut facilement se faire plusieurs centaines de millier de pesos.
Qui finance tout ceci ? En général, des grands propriétaires terriens, des compagnies minières et des entreprises qui veulent conserver et protéger leurs intérêts financiers (contrats, renouvellements de licence, etc.).
Le colombiens sont bien sûr au courant de ces magouilles, alors pourquoi et pour qui voteront-ils ? La réponse est sans équivoque, telle que m’a répondu une amie colombienne : « De toute façon, le candidat élu va nous voler. Je vais donc voter pour celui qui, je l’espère, nous volera le moins et laissera un peu d’argent dans les caisses pour financer les écoles et les hôpitaux ».
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